Conférence de Marième Ndiaye Noly, chercheuse post-doctorale avec le Groupe interuniversitaire d'étude et de recherches sur les sociétés africaines (GIERSA) en accueil à l'UdeM. Ses recherches portent sur « l'association des juristes sénégalaises et la défense des droits des femmes dans la sphère privée ».
Cette communication vise à mettre l’accent sur l’intérêt de l’objet « droit » pour appréhender les dynamiques politiques et sociales à l’oeuvre en Afrique. Il est vrai que le fossé entre pays légal et pays réel a longtemps conduit à sa marginalisation dans les analyses consacrées au continent. L’approche relationnelle du droit permet cependant de sortir de cette impasse théorique consistant à opposer toute puissance et insignifiance du droit pour s’attacher à étudier à la fois comment le droit constitue le social et est constitué par lui (Israël, 2008).
Afin d’étayer mon propos, je m’appuierai d’abord sur ma thèse de doctorat consacrée à « La politique constitutive au sud : refonder le droit de la famille au Sénégal et au Maroc ». Basé sur une analyse croisant sociologie politique du droit et sociologie de l’action publique, mon travail traite de la question du comment l’État cherche à s’imposer comme pouvoir d’injonction légitime dans un contexte de pluralisme normatif marqué. Loin d’invalider la pertinence de l’outil juridique, ma thèse m’a permis de montrer que les multiples et divers usages de la norme juridique témoignent au contraire du fait qu’elle est une pratique vivante, particulièrement utile pour saisir le processus d’institutionnalisation de l’État à l’oeuvre.